Histoire

11 novembre 2018

Notre Histoire

Saint-Germain-du-Pinel vient de saint Germain, évêque d’Auxerre au Vème siècle, et du site médiéval du Pinel. Cette paroisse semble tirer son surnom de la seigneurie du Pinel, terre importante dès le XIIème siècle, mais faisant partie de la paroisse d’Argentré-du-Plessis. Une famille noble portant le nom de Saint-Germain et habitant ce pays apparaît dès la fin du XIème siècle ; elle donna en 1107 l’église de Saint-Germain aux chanoines réguliers de l’abbaye de la Roë en Anjou, qui y fondèrent un prieuré-cure. En 1273, la métairie des Touches appartenait au prieur de Saint-Germain, et celui-ci passa une transaction, de concert avec la dame du Pinel, avec le recteur de Gennes, au sujet d’une partie des dîmes du trait des Touches (Archives départementales de la Mayenne).

Au mois d’août 1788, Louis XVI avait décidé de convoquer pour le premier mois suivant les Etats Généraux, lors de cette convocation le roi invita les électeurs à exposer leurs revendications dans des cahiers de doléances qui devaient porter leurs vœux au pied du trône. Voici les doléances des habitants de la paroisse de Saint Germain du Pinel :

1 – Considérant que les affaires féodales sont des affaires d’or pour les procureurs et la ruine du peuple qui ne peut en sortir, que pour le dénombrement (Déclaration que le vassal donnait par écrit des héritages et autres droits qu’il tenait de son seigneur) il faut payer l’archiviste, le rédacteur des aveux, le procureur qui fait les requêtes et met les pièces en ordre, le greffier qui les reçoit, le rapporteur, le commissaire blamateur, le tribunal qui conclut, le siège pour épices, le greffier pour son expédition.

Considérant que les lois féodales sont un labyrinthe multiplié de procès interminables où l’on plaide sans terme, que de cet état contentieux sont nés la foule des procès et la cahorte innombrable de praticiens qui allument partout la discorde dont ils vivent, et qu’ainsi le temps, l’industrie et l’activité de la population se consume à disputer et à se débattre sur la liberté et la servitude, l’étendu et le genre de servitude des fonds que mille droits et coutumes asservissent, que les lois peuvent se réduire aux seuls objets et conventions des partages, des limites et des successions, des contrats de ventes d’échange.

Considérant enfin que l’assiette des impôts deviendrait plus facile puisqu’il n’y aurait plus qu’une seule propriété. Nous demandons qu’il soit permis à chaque propriétaire de racheter les redevances sans nombre dont chaque fonds est grevé, et qu’on s’occupe de ces grands objets dans l’assemblée générale.

2 – Considérant que les pigeons des fuies et le repaire de lapins sont le fléau de l’agriculture et moissonnent avant le laboureur, nous demandons leur suppression.

3 – La servitude des moulins étant onéreuse par l’éloignement des lieux, nous demandons la liberté du moulage (Monsieur de Cesures, seigneur de la Roberie possédait « 2 moulins mal abreuvé et 1 moulin à vent » lui rapportant 300 livres).

4 – Les riverains ayant leurs terres submergées par les rivières et les étangs dont on élève les chaussées et les digues impunément. Nous demandons qu’on fixe selon les lieux, le degré de hauteur d’eau.

5 – La corvée en nature enlève la majeure partie des cultivateurs à leurs travaux et n’est nullement supportée ni par le clergé, ni par la noblesse qui, presque seuls retirent l’avantage des grands chemins. Nous demandons qu’elle soit supprimée et remplacée par une imposition générale pour les 3 ordres (la tâche de Saint Germain du Pinel était de 890 toises (1 toise = 1m949) sur la route de Vitré à La Guerche et son centre se trouvait à une lieue du clocher de la paroisse).

6 – D’après ce principe, que la raison du plus fort est toujours la meilleure, il n’est pas étonnant que nous supportions inégalement les charges et les impôts de notre province et même de l’état, puisque nous manquons de représentant pour faire valoir nos droits ; c’est ainsi que nous demandons dans les assemblées de notre province et dans les assemblées même nationales, on vote par voix et non par ordre et que nous égalions en nombre les 2 ordres privilégiés.

7 – Comme la France n’a jamais manqué de défenseurs et comme la milice qui ne tombe ordinairement que sur les agriculteurs, classe la plus utile, tandis que des membres inutiles, pour ne pas dire nuisibles, tels que les laquais ou autres domestiques nourries et entretenus par l’indolence et le luxe, nous réclamons contre le tirage au sort (de 1781 à 1786, Saint Germain a fourni 3 miliciens. En 1786, sur 45 jeunes gens qui se sont présentés au tirage 22 ont été ajournés ou exemptés).

8 – Comme chaque province ne donne pas les mêmes productions et comme chacune a besoin des secours de l’autre, nous demandons liberté de commerce entre elles et l’abolition des traites foraines.

9 – Nous croyons qu’il serait à propos d’établir dans chaque paroisse un tribunal composé de 12 hommes, connus par leur probité et leur bonne conduite, pour connaître les affaires qui surviendront entre les particuliers et les juges en dernier ressort jusqu’à la concurrence de 30 livres, sauf aux parties de s’adresser à un autre tribunal pour affaire de plus grande conséquence.

10 – Personne n’ignore que la vie et la fortune des citoyens ressortissent au parlement, il n’est pas juste qu’un seul ordre soit le juge des autres, la balance n’est pas légale, nous demandons donc qu’il soit composé des 3 ordres en nombre égal et que chaque membre soit élu par la voie de concours ou par son mérite personnel.

11 – La nature des fiefs chéants et levants est contraire à la population, un propriétaire ne laisse que peu d’enfants, de peur de payer autant de truaux (le truau était une mesure de capacité qui valait un boisseau et demi) qu’il laisse d’héritiers.

Délibérations du « général » de la paroisse de Saint Germain du Pinel en date du 2 février 1789 :

Nous les délibérants composant le général assemblée, les propriétaires et autres habitants de ladite paroisse, assemblés dans la sacristie, lieu ordinaire où se tiennent les délibérations.

Considérant que le peuple des campagnes semble voué à la misère et à l’avilissement par des préjugés aussi funestes qu’anciens ;

Que la classe des laboureurs, estimable parce qu’elle est utile, mais méprisée parce qu’elle est pauvre et simple, ne participe pour ainsi dire qu’aux charges de la société ;

Qu’elle voit chaque année avec douleur, et sans oser même y mettre d’obstacles, ces sillons encore fumants des sueurs dont elle vient de les arroser, en partie déssemés par une multitude de pigeons dont le nombre illimité n’a de bornes que celles qu’il plaît à chaque seigneur de lui donner.

Que ce qui est alors épargné par la satiété de ces oiseaux leur paye encore un nouveau tribut au temps de la maturité ;

Que ce dernier tribut soit même d’autant plus onéreux dans ce pays qu’on est dans l’usage d’y semer beaucoup de sarrasins, espèce de grains dont la paille grasse et humide ne permet point de pouvoir l’engranger et qu’on ne peut battre sans l’avoir séché dans les champagnes après l’avoir coupée ;

Que cette même classe, vexée par les droits contraires à l’équité naturelle et épuisée d’ailleurs par des subsides pécuniaires de toute espèce, est encore arrachée à ses travaux qui font la seule ressource pour aller pratiquer et entretenir sans aucuns dédommagements les grandes routes que l’opulence parcourt avec tant de commodités et dont elle retire le plus d’avantage, la plupart des laboureurs n’ayant aucun superflu à faire exporter et n’usant presque d’aucunes productions étrangères.

Considérant encore que sa majesté n’a jamais manqué de soldats volontairement enrôlés pour la défense de l’état. Que, pour cette raison, l’usage d’en prendre d’autorité pour la composition des milices, cet usage qui porte le deuil et la désolation dans les familles malheureuses qui se voient privées de leur soutien, n’est d’aucune nécessité et loin d’être avantageux à la patrie, lui est souvent nuisible, en ce que le sort désigne plusieurs sujets peu propres à la profession des armes et qui cependant pourraient se rendre utiles dans celle qu’ils choisiraient volontairement.

En effet, l’emploi de chaque individu conformément à ses dispositions et à ses qualités physiques et morales n’est rien moins qu’indifférent à l’intérêt de la société à laquelle bien des hommes ne deviennent inutiles et même nuisibles que parce qu’ils ne sont point à la place que la nature leur avait marquée, ainsi tel qui pourrait être un bon artisan, un bon laboureur, ne sera souvent qu’un mauvais soldat, et si cet inconvénient arrive encore même à l’égard de ceux qui s’enrôlent volontairement, combien doit-il être plus fréquent parmi ceux qu’on prend de force.

Considérant enfin que le Tiers-Etat n’a eu jusqu’ici qu’une ombre d’existence politique. Que c’est au défaut d’une influence suffisante dans les assemblées nationales qu’il faut principalement attribuer son oppression.

Que la masse générale des abus pesant sur toutes les classes de cette nombreuse partie de la nation, elles doivent toutes se réunir pour en solliciter le remède de la bonté ou plutôt de la justice du souverain ;

Que le temps n’a pu couvrir ces abus, parce que la justice et la vérité n’ont jamais cessé de réclamer contre eux ;

Que par conséquent une constitution par laquelle la répartition des charges se fait en raison contraire de la participation aux avantages étant essentiellement abusive et vicieuse ;

Que cette prétendue constitution de la province puisse d’autant moins être apposée aux peuples des campagnes, qu’elle n’a jamais été consentie par lui, puisque éloigné de tout concours à l’administration, il n’a eu aucun représentant dans les assemblées nationales.

Qu’on ne peut induire du silence qu’il avait gardé jusqu’ici aucun consentement tacite, parce que la crainte, la dépendance et l’abaissement dans lequel on s’est toujours efforcé de le retenir ont seuls étouffé sa voie.

Par toutes lesquelles considérations et plusieurs autres, nous avons arrêté « de joindre nos réclamations à celles des municipalités, généraux de paroisse et autres corporations du Tiers-Etat de Bretagne et d’adhérer sans réservations à leurs arrêtés et notamment à ceux de la ville de Lorient en ce qui concerne le concours des habitants des campagnes aux élections des députés pour les assemblées des Etats. Observant que personne ne pouvant mieux connaître nos ressources que nous-mêmes, il serait intéressant que, parmi ces députés, il y eut un certain nombre choisi parmi les propriétaires notables demeurant en campagne. Au surplus, l’assemblée a chargé les sieurs René Orhant et Pierre Caris, trésoriers en charge de cette paroisse, d’envoyer une copie de la présente délibération, certifiée conforme à l’original par le greffier, à Messieurs les Députés du Tiers-Etat aux Etats, les suppliant d’agréer ladite adhésion. »

Sur le registre, 29 signatures, dont celle de Bertrand Gravier et de René Orhant, trésorier.

Le 3 avril 1789, les habitants se réunirent à la sacristie pour procéder à l’élection de 3 députés et à la rédaction du Cahier de doléances de la paroisse.

Assemblée électorale du 3 avril 1789, sous la présidence d’André Joseph Marie Mouezy, sieur du Tertre, procureur fiscal de la juridiction du Pinel, en l’absence du Sénéchal ; ayant comme adjoint Michel Jean Olivier Mouezy, greffier ordinaire de la juridiction.

Composants : Bertrand François Gravier, François Belloir, André Geslin, Luc Renou, André Henri, Olivier Jeusset, Léonard Dubois, Pierre Blatier, Michel Rebin, Germain Charbonnier, Gilles Aubert, Etienne Besnier (père et fils), Pierre Daguet, Michel Hamelot, Olivier Grégoire, Jean Grégoire, Jean Hélesbeux (syndic), François Perche, Jean Helbert, François Orhant (trésorier en charge), Pierre Carie (trésorier en charge), Bertrand Bravier.

La Libération de Saint Germain du Pinel le 4 août 1944 :

Il y a plus de 70 ans, le 4 août 1944, Saint Germain du Pinel était libéré de l’Occupation Allemande…

Le 18 juin 1940, la commune avait vu passer des patrouilles allemandes dans des véhicules militaires.

Les officiers prenaient contact avec la Mairie pour notifier officiellement l’occupation du territoire et l’obligation pour la population d’obéir aux ordonnances prises par la « Kommandantur de Vitré ».

A cette époque, l’armée allemande était composée de jeunes militaires arrogants et fiers de porter l’uniforme vert ; c’était la revanche après le traité de Versailles, qualifié de « diktat » par Hitler.

Il fallait bien subir. Le Maire Monsieur Hellebeux, géra la commune avec ses conseillers, habilement, au mieux des intérêts des ses administrés. C’est ainsi que Saint Germain n’a pas connu d’occupation permanente de soldats dans les écoles, dans des maisons particulières ou au presbytère du recteur l’abbé Demay.

L’occupation se manifesta par les perquisitions de domiciles, les réquisitions de voitures, de bovins et de chevaux (dont certain trouvèrent la mort en Russie lors des terribles hivers de 1941,1942,1943).

En Bretagne, la température descendit jusqu’à -15°, -20° et le blé gela. Le chauffage était au bois exclusivement…

Très rapidement les allemands exigèrent la remise des armes à feu, carabines, fusils de chasse sous peine de déportation. De nombreux français réussirent à cacher les fusils dans des troncs d’arbres ou autres lieux secrets.

De nombreux soldats français aveint été faits prisonniers lors de la débâcle de juin 1940, l’un d’entre eux Louis Morel (qui habitait du côté de la gare) fût tué le 17 mai 1943 à Dortmund lors d’un bombardement dans le Ruhr.

A la différence de Domalain qui a eu pendant l’occupation quelques soldats allemands dans le clocher avec des armes de D.C.A., Saint Germain échappa à cette présence encombrante. Des patrouilles passaient de temps à autre pour rappeler leur présence. Rarement des officiers allemands chassaient le gibier sur les terres. Il n’y a pas eu d’incidents graves à ma connaissance.

Mais tout changea avec la création du S.T.O. (Service du Travail Obligatoire) : la classe 1942 devait aller en Allemagne pour remplacer les ouvriers allemands partis au front. Ce fut une grande erreur, la plupart des jeunes se cachèrent dans les fermes ou les bois ou dans la famille. Après le débarquement du 6 juin 1944, il y eut un maquis dans le bois du Pinel groupant quelques jeunes gens de la région vitréenne, peu armés, se ravitaillant dans les fermes voisines (Bois-Halbran, le Prunier, l’Eluardière etc…). Quelques-uns ont participé au combat de la Fourche en Erbrée contre un convoi allemand qui se dirigeait vers Laval en juillet 1944.

A partir du 6 juin 1944, la commune était souvent survolée par les avions alliés qui avaient la maîtrise du ciel et qui bombardaient les convois allemands et les voies ferrées.

En juin 1944, nous fûmes témoins du bombardement de la forêt de La Guerche où les Allemands avaient caché un important dépôt de munition qui explosa pendant plusieurs heures.

Il fallait être très prudent sur les routes, il était préférable de se cacher dans les fossés pour ne pas être vu des aviateurs qui confondaient parfois civils français et soldats allemands. La circulation ferroviaire était arrêtée entre Vitré et La Guerche.

Un combat aérien entre chasseurs alliés et allemands eu lieu en juillet 1944 au-dessus de la commune sans résultat. Des petits obus furent retrouvés dans l’étang du Bois Halbran lors de la sécheresse de 1976.

A partir du 1er août 1944 et la percée d’Avranches, les habitants de Saint Germain entendaient le canon sans arrêt. La Libération approchait mais comment allait-elle se passer ?

Le 3 août 1944 les troupes du Général Patton étaient à Fougères et au Val d’Izé. Le matin du 4 août quelques combats eurent lieu au nord de Vitré, à Gérard en Montreuil sous Pérouse et sur la route de Taillis, puis dans la ville. Les soldats allemands le plus souvent âgés et désabusés prirent la fuite vers Laval. Vitré fut libéré vers midi, Argentré vers 16h. Une longue colonne de chars Sherman et de véhicules blindés américains emprunta sans combat la route d’Argentré à Gennes. Pol Naut se trouvait avec les habitants du quartier de Bel Air vers 18h au carrefour de la route de Saint Germain à Brielles.

Les soldats étaient sur leurs chars ou à pied, ils étaient fatigués et décontractés. Connaissant l’anglais, ils me firent comprendre qu’ils étaient tristes parce qu’ils avaient perdu beaucoup de camarades lors des combats d’Avranches. Les soldats étaient acclamés par la population, on leur donnait à boire et à manger, de leur côté ils distribuaient des cigarettes, des chocolats, des bonbons, du café, des chewing-gums etc…

Aussitôt les drapeaux français sortirent de tous les côtés, aux fenêtres des maisons du bourg, des fermes et dans les mains des libérés ; la joie retrouvée, le bonheur de liberté, l’espoir de revoir bientôt les prisonniers et les déportés.

Les cloches des églises sonnaient à toute volée et exprimaient la joie collective.

Mais il y eut une surprise, le 6 août 1944, vers 11h, une colonne de chars et de soldats allemands venant de l’Ouest par des petites routes rentait dans Saint Germain, les soldats pillaient les magasins, volaient des bicyclettes et se réfugièrent dans le chemin du Bois-Halbran et celui d’en face, à l’abri des arbres pour ne pas être vus des aviateurs alliés. Etant à la maison, j’ai cru qu’il s’agissait d’un convoi américain, je pris ma bicyclette et grande fut ma surprise de voir des soldats allemands dans notre chemin. Ces derniers semblaient épuisés, avec ces uniformes abîmés et poussiéreux. Ce n’était plus la fière Wermacht de 1940 ! Un officier tenait une carte Michelin et cherchait la route de Brielles. Par geste, je lui fis comprendre que c’était vers l’Est « Drangnach Osten » me dit-il ironiquement (la Marche vers l’Est était un slogan d’Hitler). La petite troupe composée de militaires âgés resta une heure environ. L’officier me dit en français qu’il avait fait la guerre de 1914 et qu’il en avait « ras le bol » par geste au-dessus de son képi.

Il n’y pas eu de combat à Bel Air parce que les troupes américaines ne passaient plus sur la route de Gennes. Les habitants de Saint Germain du Pinel pouvaient respirer et remettre les drapeaux français aux fenêtres.

Le 9 août la 2ème Division Blindée du Général Leclerc empruntait la route d’Argentré-Gennes avec des chars Sherman portant le nom de villes ou de provinces françaises. Elle fût chaleureusement acclamée et fleurie. Elle participa ensuite à la dure bataille de Fyé au sud d’Alençon et eut des pertes.

Soyons reconnaissants envers ces jeunes officiers et soldats qui offraient leur vie pour nous libérer de l’occupation allemande.